jeudi 23 novembre 2017
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Vidéo : l’enthousiasme des enfants, par André Stern

L’enthousiasme des enfants, un discours inspirant d’André Stern

C’est par tout hasard que nous sommes « tombés » sur cette vidéo TED d’André Stern sur les dispositions spontanées de l’enfant. Un discours tendre, émouvant, réaliste, positif et inspirant. Un discours dont les dégourdis sont littéralement « tombés » amoureux. Prenez 15 minutes de votre temps pour écouter André Stern.

André STERN
L’enthousiasme, cet engrais qui fait fleurir l’enfance

Quand j’étais enfant, j’avais développé une petite phrase pour me présenter d’un seul coup, et pour répondre d’une seule traite aux questions qu’on me posait toujours.
La phrase était: « Bonjour, je m’appelle André. Je suis un garçon (j’avais les cheveux longs à l’époque déjà et on me prenait pour une fille, ce qui m’amusait beaucoup). J’ai 6 ans. Je ne mange pas de bonbons. Et je ne vais pas à l’école. »
Et de nos jours, je peux me présenter d’une manière très similaire: « Bonjour, je m’appelle toujours André, je suis toujours un garçon, je ne mange toujours pas de bonbons et je ne vais toujours pas à l’école. Je suis un enfant de 43 ans qui n’est jamais allé à l’école. »
Et cela fait de moi dans notre monde une sorte d’exception. Pour moi, c’est toujours assez surprenant d’être une exception, alors que ce que j’ai vécu est ce qui peut se vivre de plus naturel. Tout enfant plongé dans des circonstances semblables vivrait quelque chose de tout à fait ressemblant. Et c’est de ça dont je veux vous parler.

Je veux vous parler des dispositions spontanées de l’enfant, qui n’ont jamais été troublées dans ma vie. Ce qui fait de moi cette exception, alors que je suis un enfant des plus banals. Je ne suis ni spécial, ni surdoué.

Imaginez que nous trempions un noyau d’avocat dans un verre d’eau. Nous en avons fait l’expérience récemment avec mon fils Antonin, de 4 ans et demie. Au bout de quelques jours, après avoir trempé un noyau d’avocat dans un verre d’eau, il va y avoir une tige qui va en sortir et quelques racines. Et aucun d’entre nous n’aurait l’idée de dire: « waouh, c’est un noyau d’avocat surdoué! ». Parce que c’est dans la nature du noyau d’avocat de pousser. C’est ce qui m’est arrivé et c’est ce dont je veux vous parler en rappelant que cela pourrait arriver à chaque enfant.

Les dispositions spontanées de l’enfant

Le jeu et encore le jeu

La toute première disposition spontanée de l’enfant qui me vient à l’esprit, je vais vous la présenter sous forme de question: quelle est la première chose que fait l’enfant quand on le laisse tranquille? Il joue. Tous les enfants jouent. Quelque soit les circonstances. Quelque soit l’environnement: la guerre, la misère, la peur, le luxe (je ne sais pas ce qu’il y a de pire). Dans tous les cas, dès qu’on lui en donne la possibilité, l’enfant joue. Et si nous ne l’interrompions jamais, il jouerait toujours. Hors, nous l’interrompons.

Les neuro-biologistes nous ont dit une chose très intéressante. Il se trouve que ce n’est pas par hasard que nous sommes envoyés dans le vaste monde équipés du dispositif d’apprentissage le plus génial qui ait été jamais inventé, j’ai nommé: le jeu. Il n’y a, pour apprendre, rien de mieux que le jeu (il faudrait l’écrire sur la porte du frigidaire). Sachant cela, on se demande toujours pourquoi personne n’a jamais voulu voir ce qui arriverait à un enfant qu’on laisse jouer, pas seulement toute une journée, mais par exemple 43 ans durant. Est ce qu’il en ressort vraiment un sauvage illettré, asocial et chômeur?

Pour l’enfant, jouer et apprendre sont des synonymes. Il ne peut pas les différencier.
Imaginez qu’une personne aimée, de référence primaire, vienne voir l’enfant et lui dise: « Arrête de jouer pour apprendre ». C’est drôle mais c’est comme si je vous demandais: « Respirez, sans prendre d’air. » Vous allez me trouver absurde et vous allez penser que je demande quelque chose d’absurde. Justement, c’est là que c’est intéressant parce que l’enfant ne se permet pas de penser ça. Il ne se permet pas de penser de l’adulte que l’adulte a un problème. Il pense que c’est lui qui a un problème. Et lorsque l’enfant constate qu’il a un problème, cela active dans son cerveau les même réseaux neuronaux que lors d’une douleur intense.

L’enthousiasme

Après cette injonction contradictoire, je vais vous parler d’une autre disposition spontanée de l’enfant. Elle nous vient de la neuro-biologie.
On a cru qu’il y avait des cerveaux génétiquement programmés pour être bêtes et d’autres génétiquement programmés pour être intelligents. On s’en est tenu à cela pendant de nombreuses années et puis on a constaté une chose spectaculaire très récemment: la région du cerveau qui est responsable des mouvements du pouce est sur-developpée chez les jeunes de nos jours. On s’est dit que le cerveau pouvait se développer comme un muscle et on a développé des programmes de musculation cérébrale destinés à nous donner des cerveaux énormes. Et cela n’a pas marché.
Il en sort une question poignante: pourquoi ce qui marche pour les SMS ne marche pas pour les mathématiques? Et c’est là qu’on a fait la découverte du 21e siècle.

On a découvert que notre cerveau se développe là où nous l’utilisons avec enthousiasme. L’enthousiasme est la clé des choses. C’est extraordinaire que la neuro-biologie nous apporte la preuve de quelque chose que nous savons déjà. Car nous savons qu’en état d’enthousiasme, nous avons des ailes, que plus rien ne nous arrête, que apprendre se fait tout seul.
La neuro-biologie nous livre une statistique très intéressante. L’enfant, équipé du dispositif d’apprentissage le plus génial, de manière naturelle et en série, est également équipé de sa portion d’engrais portable. Parce qu’il s’avère que l’enthousiasme, c’est l’engrais du cerveau.
Les enfants baignent dans un état d’enthousiasme constant. Les statistiques disent qu’un enfant de 2 à 3 ans s’enthousiasme toutes les 2 à 3 minutes. Et il s’enthousiasme pour tout. Le moindre bout de papier va les enthousiasmer pendant des heures. Et les mêmes statistiques disent que les adultes éprouvent la même quantité d’enthousiasme 2 à 3 fois par an ! Hors il n’est pas forcé qu’il en soit ainsi.

Frein n°1 : les hiérarchies

En chacun d’entre nous, en chaque enfant, il y a un génie potentiel qui n’attend qu’une chose: voir ce pour quoi nous allons nous enthousiasmer. Mais pour nous enthousiasmer, il faut aussi que nous nous débarrassons de certaines choses, par exemple, des hiérarchies entre les métiers et les matières.

Un exemple. Antonin mon fils est sorti un jour à 17h dans les rues de Paris, et est tombé en arrêt devant le camion des éboueurs. Nous les avons accompagnés de station en station, nous arrêtons à chaque fois et observons leu jeu. Et il s’avère qu’ils ont remarqué ce petit garçon qui les regardait si assidument. C’est parce qu’il ne connait pas de hiérarchies entre les métiers. Pour lui à cet instant, un éboueur est beaucoup plus pertinent et compréhensible qu’un avocat.
Non seulement il regardait ces messieurs, mais en plus il les regardait avec admiration. Et ça s’est reporté sur eux. Tout d’un coup, ils ont fait leur métier un peu différemment, avec plus d’enthousiasme. Ils ont joué, ils ont fait des chorégraphies avec les poubelles. Antonin est devenu une star parmi les éboueurs de notre quartier, car à 17h il y a toujours un camion de poubelles qui klaxonne pour le saluer au loin.

Le vaste monde

Car c’est ça la 3e disposition spontanée de l’enfant, c’est d’aller dans le vaste monde. Le pire qui pourrait arriver à un enfant, ce serait de l’enfermer chez lui. Là il partagerait tous les niveaux de sa famille, mais également toutes les peurs. L’avantage d’aller dans le vaste monde, c’est que l’on apprend à partager les peurs des différentes personnes, donc différentes peurs. C’est ça l’optimisation de l’enfant. L’enfant est optimisé pour le monde. Et nous le retirons du monde pour le préparer au monde. C’est étonnant, hein?

Frein n°2 : l’attitude ironique que nous avons envers les enfants

Il y a autre chose dont il faut nous débarrasser pour retrouver l’enthousiasme, et donc pour retrouver l’enfant qui est en nous. Il faut nous débarrasser totalement de l’attitude ironique que nous avons envers les enfants. Et donc aussi envers l’enfant en nous.

Passer de l’autre côté du miroir pour rétablir la confiance

Il faut rétablir le confiance dans l’enfant et dans ses extraordinaires dispositions spontanées (j’en ai évoqué 3).
Pour cela, je vous propose de venir avec moi, de l’autre côté du miroir, où on a confiance en l’enfant.

L’enfant, cet imitateur né

Antonin a 2 ans et demie, c’est l’heure de lui acheter une auto. Alors on va dans un magasin de jouets, et il choisit une auto. Il choisit une Ford Mustang rouge au 1/18e, cabriolet c’est très important pour atteindre le volant et agir sur les roues. Si elle n’était pas cabriolet, il faudrait rouler avec la porte ouverte, et ce ne serait pas très pratique.
L’enfant veut une imitation parfaite du monde, chose que l’on a tendance à oublier. L’enfant est un imitateur né.
Antonin a d’ailleurs découvert le bruit dune cloueuse, c’est une bruit extrêmement complexe avec l’arrivée de l’air, la percussion, la sortie de l’air. C’est un bruit que nous n’arriverions pas à imiter, mais lui y arrive parce qu’il a trouvé la succession de syllabes, qui superposées et prononcées en même temps,  imitent parfaitement le bruit de la cloueuse. Les enfants sont des imitateurs nés et ils aiment qu’une imitation, la plus réaliste possible, entre dans le jeu.

Au passage en caisse, la caissière confirme que c’est un achat de qualité. Elle dit:
– C’est un beau modèle. Je vous l’emballe, c’est pour un cadeau?.
– Non, il va jouer tout de suite.
– Attendez, mais c’est pour lui? Mais ce n’est pas du tout adapté à son âge. Vous avez, j’ai des autos adaptées à son âge. Regardez.
Elle nous montre des autos en plastique avec des proportions infâmes, des couleurs vives, un sourire, un nez, des oreilles, avec même de l’audio.
– Mais mon fils n’est pas un demeuré! Il est un enfant comme tous les autres. Ce qu’il veut c’est une auto qui ressemblent aux autos qu’il voit tous les jours dans la rue. Et des autos adaptées à son âge, par chance dans la rue, il n’en voit jamais. Donc on va prendre la Mustang rouge, madame.

Frein n°3 : les peurs

Et là, non seulement la dame veut me faire peur, mais elle veut aussi partager sa peur avec moi.
– Oui mais, me dit-elle, ce joli modèle, non seulement il va vous le casser en petits morceaux, mais il va aussi avaler les petits morceaux (la peur ultime).
2 ans plus tard, nous savons que la Mustang rouge n’a pas une égratignure.

Voici comment nous pouvons passer de l’autre côté du miroir, faire confiance à l’enfant et comment nous pouvons illustrer cette attitude ironique que nous pouvons avoir envers les enfants. Il est important de voir aussi la force que cela peut nous donner d’être de l’autre côté du miroir où nous faisons confiance à l’enfant.
Et peut être que, une fois venu de l’autre côté du miroir, vous aurez envie d’y rester, et d’aller à la rencontre de l’enfant qui est en vous et de ses dispositions spontanées. Peut être de vous libérer de l’ironie envers l’enfant. C’était mon invitation pour aujourd’hui, et je vous souhaite beaucoup d’enthousiasme.

André Stern
L’enthousiasme, cet engrais qui fait fleurir l’enfance.
TEDx Dijon, Septembre 2014

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